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Le café compte-t-il comme de l'eau ? Ce que dit vraiment la science

Donaldas Jautzemis · Mis à jour ·9 min

C’est l’un des mythes les plus tenaces sur l’hydratation : le café « ne compterait pas » parce que la caféine déshydrate. Beaucoup de gens boivent un verre d’eau supplémentaire pour chaque tasse de café afin de « compenser ». Alors qu’en est-il vraiment ?

Pour la plupart des gens, le café et le thé quotidiens comptent bien dans l’apport en liquides. Voici pourquoi.

Le mythe : la caféine serait un puissant diurétique

La caféine a bel et bien un léger effet diurétique — elle peut vous faire uriner un peu plus. C’est le fond de vérité sur lequel le mythe s’est construit. Le saut que font les gens, c’est de supposer que cet effet est assez fort pour vous laisser en perte d’eau nette, au point qu’une tasse de café vous assécherait.

La recherche ne confirme pas ce saut.

Ce que les études ont réellement trouvé

Quand des chercheurs ont comparé directement le café à l’eau plate, l’effet hydratant s’est révélé remarquablement similaire. Dans un essai de 2014 publié dans PLoS ONE, 50 hommes buveurs habituels de café ont bu quatre tasses de 200 ml de café par jour (environ 4 mg de caféine par kg de poids corporel) pendant trois jours, puis ont répété la même routine avec le même volume d’eau. Résultat : aucune différence significative d’hydratation sur l’eau corporelle totale, les marqueurs sanguins ou le volume urinaire. Sur 24 heures, la phase café a produit 2 409 ml d’urine contre 2 428 ml sous eau — un écart de moins de 20 ml, bien dans la variation normale d’un jour à l’autre (Killer et al., PLoS ONE). Les auteurs ont conclu qu’avec modération, le café « offre des propriétés hydratantes similaires à celles de l’eau ».

Deux raisons l’expliquent :

  • L’eau de la boisson l’emporte sur l’effet diurétique. Une tasse de café est surtout composée d’eau, et à des consommations normales, la légère augmentation des mictions n’annule pas le liquide ingéré.
  • Les buveurs réguliers développent une tolérance. Si vous buvez du café tous les jours, votre corps s’adapte largement à l’effet diurétique de la caféine, qui devient alors encore plus discret.

Comment fonctionne réellement l’effet diurétique

La caféine pousse vos reins à excréter un peu plus de sodium et d’eau pendant une courte fenêtre après que vous avez bu. La question clé est celle de la dose. En dessous d’un certain seuil, l’effet est trop faible pour se mesurer ; au-dessus, vous commencez à perdre nettement plus de liquide.

Une étude contrôlée parue dans Frontiers in Nutrition a situé à peu près où passe cette ligne. Les chercheurs ont trouvé que 6 mg de caféine par kg de poids corporel dans le café produisaient un effet diurétique aigu, tandis que 3 mg/kg ne perturbaient pas l’équilibre hydrique chez des buveurs occasionnels en bonne santé au repos. À la dose la plus élevée, le volume urinaire dans les trois heures suivant une portion de 200 ml est monté à 613 ml, contre 356 ml après l’eau et 316 ml après un café faible en caféine (Seal et al., Frontiers in Nutrition).

Pour traduire en tasses : pour un adulte de 70 kg, 3 mg/kg représentent environ 210 mg de caféine — à peu près deux tasses de café filtre. Le seuil de 6 mg/kg est plus proche de 420 mg, soit quatre tasses et plus prises assez rapidement. Autrement dit, il faut boire beaucoup de café fort, assez vite, avant que l’effet diurétique ne devienne assez important pour compter — et même là, l’étude a mesuré plus d’urine, pas une réelle déshydratation.

Il vaut aussi la peine de noter comment cette ligne a été franchie dans l’expérience : il a fallu une seule dose concentrée pour faire basculer des buveurs occasionnels en diurèse mesurable. Dans la vie de tous les jours, le café est généralement siroté et réparti sur la matinée et l’après-midi, ce qui émousse encore davantage la réponse. Et comme le café à forte dose de cette étude était comparé à un volume égal de liquide, l’urine supplémentaire qu’il a produite venait quand même par-dessus une grande quantité d’eau absorbée en même temps — ce qui explique précisément pourquoi un signal diurétique plus fort peut coexister avec une hydratation globale normale.

Qu’est-ce qu’une consommation « modérée » de caféine ?

Il est utile d’ancrer « modérée » sur un chiffre. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a conclu qu’une consommation habituelle de caféine jusqu’à 400 mg par jour (environ 5,7 mg/kg) ne soulève pas de problème de sécurité pour les adultes en bonne santé, et que des doses uniques jusqu’à 200 mg sont également sans souci (EFSA). Ce plafond de 400 mg se situe confortablement au-dessus du niveau utilisé dans les essais sur l’hydratation.

Savoir comment ces 400 mg se répartissent entre boissons réelles permet de rester facilement dans la fourchette. Le NHS indique des teneurs approximatives en caféine de 100 mg dans une tasse de café instantané, 140 mg dans une tasse de café filtre, 75 mg dans une tasse de thé, 80 mg dans une boisson énergisante de 250 ml et 40 mg dans une canette de cola (NHS). Trois ou quatre tasses de café ordinaire par jour vous placent donc près — mais généralement en dessous — de la recommandation générale pour adultes, et c’est précisément le même territoire où la recherche sur l’hydratation n’a trouvé aucune perte nette de liquide.

Quand la réponse change : grossesse et sensibilité

La règle « le café compte » concerne l’hydratation, pas le fait que la caféine serait illimitée. Deux situations appellent davantage de prudence :

  • Grossesse. Les recommandations sont plus strictes ici — non à cause de la déshydratation, mais à cause de la caféine elle-même. Le NHS et l’EFSA conseillent tous deux de maintenir la caféine à 200 mg par jour ou en dessous pendant la grossesse, car dépasser régulièrement ce seuil a été associé à des risques comme un faible poids de naissance (NHS ; EFSA). À environ 140 mg pour une tasse de café filtre, cela représente en pratique une à un peu plus d’une tasse.
  • Sensibilité à la caféine et buveurs occasionnels. La tolérance se construit par une consommation régulière. Si vous buvez rarement de la caféine, une grosse dose peut vous donner une réponse diurétique à court terme un peu plus forte qu’à un buveur quotidien — même si, là encore, les études n’ont pas montré de déshydratation nette notable à des quantités modérées. L’essai PLoS ONE qui a trouvé café et eau équivalents a été mené spécifiquement chez des buveurs habituels, donc son résultat rassurant est le plus net pour les personnes qui boivent déjà du café la plupart des jours (Killer et al.).

Il est facile de perdre le compte du total quand la caféine se cache ailleurs que dans le seul café. Le thé, le thé vert, les boissons énergisantes, le cola et même le chocolat noir s’ajoutent au chiffre quotidien (NHS) — deux cafés plus un thé l’après-midi et un cola peuvent vite s’accumuler. Si vous réduisez ou êtes enceinte, le déca, les tisanes et l’eau sont des échanges simples qui gardent le liquide sans la caféine.

Où le café et le thé s’inscrivent dans votre total quotidien

L’hydratation, c’est votre quantité totale de liquides toutes sources confondues, pas une boisson en particulier. Pour situer, l’EFSA fixe l’apport adéquat en eau totale à environ 2,5 L par jour pour les hommes et 2,0 L par jour pour les femmes — des chiffres qui tiennent déjà compte de l’eau provenant d’un mélange normal de boissons et d’aliments, pas de la seule eau plate (EFSA). Le café et le thé font partie de ce mélange, ils n’en sont pas une déduction.

Ces chiffres sont des repères pour adultes en bonne santé sous un climat tempéré, pas des cibles à atteindre au point près. Vos besoins réels évoluent avec la chaleur, l’exercice, la corpulence et ce que vous mangez, alors voyez les chiffres de l’EFSA comme un centre de gravité raisonnable plutôt qu’un quota. Le message pour la caféine est plus simple que ne le laisse croire le mythe : une tasse de café apporte bien plus d’eau que la faible quantité que la caféine vous fait éliminer, si bien qu’au bilan elle vous laisse en avance. C’est toute la raison pour laquelle une habitude de café quotidien peut s’inscrire confortablement dans un total de liquides sain plutôt que de jouer contre lui.

À retenir en pratique :

  • Le café et le thé en quantité modérée (disons jusqu’à ~3 à 4 tasses par jour) contribuent à votre total quotidien de liquides. Vous n’avez pas besoin de « rattraper » avec de l’eau en plus.
  • Les très fortes consommations de caféine — surtout chez les personnes qui n’en consomment pas d’habitude — peuvent avoir un effet diurétique à court terme un peu plus marqué, mais ne vous laissent généralement pas déshydraté pour autant.
  • Surveillez les ajouts, pas l’eau. La question de l’hydratation est tranchée ; la vraie variable santé, c’est le sucre et le sirop qui transforment un café en dessert.

Donc, si vous suivez vos apports, il est raisonnable de compter votre café et votre thé. Ce qui compte le plus, c’est votre quantité totale de liquides sur la journée, toutes sources confondues.

Suivez ce que vous buvez vraiment

Si le café et le thé comptent, l’approche la plus simple est de tout enregistrer au même endroit plutôt que de deviner. HydroBloom vous permet de suivre l’eau, le café, le thé, le jus et des boissons personnalisées, de fixer un objectif quotidien personnalisé d’après votre poids, et de regarder une plante pousser à mesure que vous l’atteignez. Une touche par boisson, des rappels doux, aucun calcul.


Questions fréquentes

Le café déshydrate-t-il ? Pas à des consommations normales. La caféine a un léger effet diurétique, mais l’eau du café compense largement, et les buveurs réguliers s’adaptent de toute façon à la caféine. Un essai de 2014 a trouvé que quatre tasses de café par jour hydrataient aussi bien que le même volume d’eau.

Le thé compte-t-il dans l’apport en eau ? Oui — comme le café, le thé est surtout composé d’eau et contribue à votre total quotidien. Une tasse de thé typique contient environ 75 mg de caféine, bien dans les limites modérées, et les tisanes (sans caféine) comptent intégralement.

Combien de tasses de café, c’est trop ? Pour les adultes en bonne santé, l’EFSA considère que jusqu’à 400 mg de caféine par jour est sans danger — soit environ trois à quatre tasses de café ordinaire. Pendant la grossesse, la limite descend à 200 mg par jour. L’effet diurétique ne devient notable qu’à des doses plus élevées et consommées rapidement.

Faut-il quand même boire de l’eau plate ? Oui. Le café et le thé contribuent, mais l’eau plate (et les aliments riches en eau) doit rester la colonne vertébrale de votre hydratation — elle est sans calories et douce pour vos dents et votre estomac. Pour savoir quelle quantité viser, voyez combien d’eau faut-il boire par jour.

HydroBloom est un outil de bien-être général et ne fournit pas de conseils médicaux. Si vous êtes sensible à la caféine ou souffrez d’une affection concernée, suivez les recommandations de votre médecin.

Sources

  1. L'EFSA établit des valeurs nutritionnelles de référence européennes (apport adéquat en eau) — EFSA
  2. Aucune preuve de déshydratation avec une consommation modérée de café : étude croisée en population libre — PLOS ONE
  3. Caféine (avis scientifique sur la sécurité de la caféine) — EFSA
  4. Aliments à éviter pendant la grossesse (recommandations sur la caféine) — NHS
  5. Un café à forte teneur en caféine, mais non à faible teneur, augmente l'excrétion de liquides et d'électrolytes au repos — Frontiers in Nutrition